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Fonds documentaire dynamique sur la
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Structures agraires et accès des jeunes à la terre : gestion intrafamiliale du foncier et stratégies d’autonomisation des jeunes

Rédigé par : Michel Merlet, Robert Levesque, Amel Benkahla, Charline Rangé, Jean-Luc Paul, Hadrien Di Roberto, Augustin Pallière, Jean-Philippe Colin, Débégnoun Marcelline Soro, Georges Kouamé, Ali Daoudi, Cécile Cochetel, Kassirin Phiboon, Nicolas Faysse, Pierre Girard, Jérémy Bourgoin, Djibril Diop, Astou Diao Camara, Djiby Dia

Date de rédaction : mai 2019

Organismes : Comité technique « Foncier et développement » (CTFD), Association pour contribuer à l’Amélioration de la Gouvernance de la Terre, de l’Eau et des Ressources naturelles (AGTER), Agence Française de Développement (AFD), Ministère des Affaires Étrangères et Européennes (France) (MAEE)

Type de document : Article scientifique

Documents sources

RÉFÉRENCE POUR CITATION :

MERLET Michel, LEVESQUE Robert, RANGE Charline, BENKAHLA Amel (dir.), Structures agraires et accès des jeunes à la terre : gestion intrafamiliale du foncier et stratégies d’autonomisation des jeunes, Regards sur le foncier # 7, Comité technique «Foncier & développement», AFD, MEAE, Paris, mai 2019.

Résumé

Ce numéro de la revue « Regards sur le foncier » constitue un des produits de la réflexion collective menée par le Comité Technique Foncier et Développement pendant l’année 2018. Ce chantier de réflexion sur l’évolution des structures agraires et l’accès des jeunes à la terre a été animé par AGTER et SCAFR-Terres d’Europe. Il a mobilisé des chercheurs, des membres d’organisations paysannes et des praticiens de plusieurs continents lors de plusieurs rencontres. Les articles publiés dans ce numéro de la revue sont issus des communications présentées lors des journées d’études de Juillet 2018, complétés par une préface de Jean-Luc Paul, anthropologue et une revue bibliographique préparée par Charline Rangé, agronome.

Une présentation plus complète est disponible sur le site web du Comité Foncier, sur cette page www.foncier-developpement.fr/publication/structures-agraires-et-acces-des-jeunes-a-la-terre-gestion-intrafamiliale-du-foncier-et-strategies-dautonomisation-des-jeunes/

Vous trouverez ci-dessous la préface, ainsi que le sommaire de la revue. Le document complet est téléchargeable en pdf sur site du Comité Foncier ou en bas de cette page.

Préface (Jean-Luc Paul)

Surnuméraires ! Sont-elles surnuméraires toutes ces familles agricoles des pays des Suds ? Ont-elles encore une fonction dans l’ordre économique mondial qui s’impose désormais à tous, ou bien, sont-elles déjà obsolètes?

À première vue la réponse devrait être des plus pessimistes.

Après des décennies de colonisation, directe ou indirecte, suivies par des décennies de politique de développement, les familles agricoles des pays naguère sous-développés, aujourd’hui « en voie de développement », auxquelles on faisait miroiter les bienfaits de la modernisation marchande, ont généralement vu leur productivité de travail et leurs conditions de vie stagner. À quelques exceptions près, incapables de capitaliser, de s’équiper, non pas en raison d’une mentalité archaïque mais du simple fait de la situation socio-économique, ces familles vivent dans des conditions variables, souvent proches de la survie. Parallèlement, la productivité du travail des agricultures industrielles, au Sud comme au Nord, continue de s’accroître tant et si bien que l’écart entre celles-ci et celles-là se mesure désormais par un facteur qui approche le millier. Cette différence de productivité, dans un monde dominé par l’idéologie de la concurrence « libre et non faussée », ressemble à un arrêt de mort …

Ces familles agricoles subissent ainsi une insécurité sociale généralisée qu’elles affrontent notamment par des stratégies démographiques fondées sur une fécondité élevée, les « jeunes » y sont donc nombreux. Ici, l’espoir est de bénéficier un jour du soutien de l’un de ses enfants, voire, dans les pires des cas, de les livrer rapidement à un marché du travail friand de maind’œuvre soumise et bon marché. Ces stratégies nourrissent l’exode rural qui vient encore enfler d’abjectes périphéries urbaines. Entre l’espoir que les nouveaux citadins pourront supporter leur famille rurale et le rôle de lieu de repli que celle-ci offre à ceux-là, la comptabilité des attentes croisées est sordide. Bien souvent, l’exode est décevant. En effet, les délocalisations et la croissance de la consommation des pays « développés » sont largement insuffisantes pour absorber ce volant de jeunes travailleurs dont l’obsolescence est encore accrue par l’intensification en capital, l’innovation technique, des secteurs qui pourraient les employer. De multiples exemples montrent que la moindre crise économique, sociale ou politique crée alors une tragique surpopulation relative.

Il faut allier le pessimisme de la raison à l’optimisme de la volonté écrivait Gramsci du fond de sa cellule. La situation exige effectivement une volonté politique, dont le chantier mené par le Comité technique « Foncier et développement » sur la question de l’accès des jeunes à la terre et les dynamiques d’évolution des structures agraires est l’une des expressions. Cette volonté doit s’appuyer sur une autre manière de raisonner la crise multiforme des agricultures familiales du monde.

Premier constat, les agricultures familiales font preuve d’une extrême résilience. Et cette résilience n’est pas seulement basée sur des caractéristiques réactives (capacité de résister à la perte de marchés par le repli sur la production d’autosubsistance en l’absence d’alternative par exemple) mais également sur des caractéristiques proactives. Notamment, les capacités d’innovation technique et organisationnelles des familles agricoles ont été maintes fois décrites et forcent l’admiration. Ici, les jeunes ruraux jouent un rôle essentiel dans leur détermination à se construire un avenir.

Second constat, la productivité du travail n’est pas, partout et toujours, le facteur économique déterminant. Dans tous les cas, elle ne saurait le rester indéfiniment. Elle l’est certes lorsqu’il s’agit de rémunérer le capital investi, de dégager un profit. Mais, pour répondre aux défis alimentaires actuels et à venir, la supériorité des agricultures familiales sur les agricultures industrielles ou entrepreneuriales en termes de productivité par unité de surface est indéniable.

Plus, parce qu’intensive en travail, l’agriculture familiale est mieux capable de répondre aux défis de l’emploi des jeunes, ce qui est une tautologie, mais aussi aux défis environnementaux. Avec elle, les formes d’artificialisation agricole du milieu qu’on peut appliquer et les domaines de recherche qu’on doit promouvoir sont autrement plus sophistiquées et moins délétères que les recettes archaïques de la mécanisation et de la « chimisation » à tout va.

Cependant ne nous trompons pas, ce n’est pas en plaquant, même avec bienveillance, sur le fonctionnement des agricultures familiales des catégories de pensée normatives que nous pourrons comprendre leurs logiques socio-économiques et leur résilience et, par conséquent, travailler à les conforter. Il faut sortir de l’économisme dominant qui, in fine et malgré parfois quelques sophistications, centre son analyse sur l’individu isolé maximisant ses avantages pour enfin prendre en compte les lieux et les temps sociaux d’élaboration des stratégies socioéconomiques des personnes. La famille, dans la grande variété de ses expressions, reste le lieu de socialisation et de reproduction démographique et sociale par excellence des populations agricoles. Réfléchir à une amélioration concrète des conditions de vie des populations agricoles, à leur contribution à la sécurité alimentaire et à la protection de l’environnement passe nécessairement par la mobilisation d’outils théoriques et méthodologiques spécifiques. Conséquemment, le temps à prendre en compte n’est pas le temps compulsif de la marchandise mais celui dans lequel s’inscrivent les stratégies de reproduction démographique et sociale des personnes au sein des ensembles familiaux. Et ce temps est a minima viager, voire transgénérationnel … Ainsi, la place des jeunes, leur accès aux ressources productives et singulièrement à la terre ne sauraient être traités en soi mais doivent être nécessairement mis en perspective. Et l’utilité du travail dont le présent document rend compte est de nous encourager à nous lancer dans une telle entreprise et de nous offrir quelques pistes solides pour nous y aider.

À défaut, devrons-nous admettre le postulat d’Adam Smith selon lequel « la demande en hommes, comme celle de n’importe quel produit, règle nécessairement la production des hommes : elle la stimule quand elle va trop lentement et la ralentit quand elle avance trop vite » – et acquiescer aux tragiques modalités de régulation de la demande en humains que la main trop visible du marché inflige aux populations frappées d’obsolescence ?

Jean-Luc Paul est Docteur en anthropologie et ingénieur agronome. Il est Maître de conférences à l’Université des Antilles.

Sommaire

PREFACE – (Jean-Luc Paul)

REVUE DE LITTERATURE – (Charline Rangé)

Introduction

Relations intergénérationnelles et changements agraires : éléments de cadrage

Logiques de reproduction familiale, travail des jeunes et migrations

Une génération en proie aux inégalités et à l’insécurité foncière ?

Acquisitions foncières à grande échelle, agro-industrie et emploi : les enjeux d’une analyse générationnelle

Conclusion : agriculture et ouverture du champ des possibles aux jeunes générations

Bibliographie

PARTIE 1. FAMILLES ET STRATEGIES D’AUTONOMISATION DES JEUNES

Stratégies d’autonomisation des jeunes et accès au foncier: entre migration et attachement à la terre, quel rôle pour la famille ? Étude de cas dans les Hautes Terres à Madagascar (Hadrien Di Roberto)

L’installation des jeunes ruraux en Sierra Leone: l’émancipation au prix de la précarité (Augustin Palliere)

PARTIE 2. AGRICULTURES FAMILIALES ET MARCHES FONCIERS

Les dimensions intrafamiliales de l’accès des jeunes à la terre: éclairage depuis le Sud-Comoé (Côte d’Ivoire) (Jean-Philippe Colin, Débégnoun Marcelline Soro, Georges Kouamé)

Marchés et solidarités familiales: les trajectoires des jeunes dans une agriculture familiale en cours d’intensification (Guinée Forestière)(Augustin Palliere, Charline Range)

PARTIE 3. INSTALLATION DANS LE CADRE DES PROGRAMMES PUBLICS

Installation des jeunes dans le cadre des politiques de mise en valeur en Algérie: portées et limites (Ali Daoudi, Jean-Philippe Colin)

Young farmers in Thailand: Small numbers, but diversified projects (Cécile Cochetel, Kassirin Phiboon, Nicolas Faysse)

Evolution des structures agraires et installation des jeunes en agriculture: Retour sur 40 ans d’installation des jeunes ruraux en agriculture irriguée dans le delta du fleuve Sénégal (Pierre Girard, Jeremy Bourgoin, Djibril Diop, Astou Diao Camara, Djiby Dia)

BIBLIOGRAPHIE DES INTRODUCTIONS THEMATIQUES

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