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Fondo Documental Dinámico
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Note de lecture sur le livre de R. Levesque: Terre et Humanité. La voie de l’Écolocène (2016)

Escrito por: Jacques Loyat

Fecha de redaccion: 7 de septiembre de 2017

Organizaciones: Association pour contribuer à l’Amélioration de la Gouvernance de la Terre, de l’Eau et des Ressources naturelles (AGTER)

Tipo de documento: Presentación de un libro

Fuentes documentales

Levesque Robert. 2016. Terre et Humanité. La voie de l’Écolocène. Ed. L’Harmattan.

Resumen

Ce livre appelle à une révolution qui est à construire, celle de la gestion d’un commun, l’écosphère.

Robert Levesque plante le décor pour une nouvelle ère, l’Ecolocène, qui sera « la prochaine ère géologique où l’humanité vivra en harmonie avec “sa maison“, “son jardin“, sa planète Terre ». (p. 9)

Nous proposons successivement :

1 – Un résumé de quelques chapitres du livre.

2 – Quelques commentaires que nous inspire cet appel, des plus louables, à vouloir changer de monde, tant l’avenir de l’Humanité est préoccupant dans son environnement actuel.

1 - Résumé de quelques chapitres

L’Ecolocène

Pour la première fois, l’activité d’une seule espèce, l’homo sapiens, a un impact majeur sur la planète terre. A l’Anthropocène, époque géologique au sein de laquelle nous nous trouvons, il convient d’entrer le plus vite possible dans l’ère géologique de l’Ecolocène. Ce terme, inventé par Robert Levesque, désigne l’ère de la réconciliation de l’humanité avec son milieu de vie, l’écosphère terrestre. Cette écosphère comprend l’atmosphère, l’hydrosphère, la lithosphère et la biosphère.

L’homo sapiens est apparu sur Terre au terme d’un long processus biologique où hasard et nécessité n’ont cessé de se conjuguer. Il dépend et fait partie de la biosphère (ensemble constitué par les êtres vivants, végétaux et animaux). Il n’a pas d’alternative : il doit s’entendre avec son milieu de vie. Aucun être humain n’est autonome. Chacun de nous pour vivre est invité à rentrer dans l’échange, la réciprocité, la solidarité, la coopération. (p.28)

Activité humaine et écosphère : dégradation du milieu de vie

Depuis toujours, l’Homme ne cesse de mettre la nature à son service. La population n’a fait que progresser. Sur les deux derniers siècles, les effectifs ont été multipliés par plus de sept. L’humanité va se heurter dans le siècle présent aux limites physiques des ressources non renouvelables.

Depuis le milieu du XVIII° siècle, l’activité humaine est devenue un acteur majeur de l’évolution de l’écosphère : l’humanité dégrade son milieu de vie, elle utilise des ressources naturelles au-delà de leur rythme de renouvellement (p 38). Le système alimentaire mondial est non durable car une bonne part de la production alimentaire mondiale des dernières décennies est due à l’usage de ressources non durables (p 40).

Robert Levesque pointe alors les limites des ressources agricoles et marines et celles des surfaces agricoles (p 42). Les terres agricoles et forestières avec d’autres espaces naturels assurent des fonctions écosystémiques essentielles telles que le stockage de carbone incontournable dans la lutte contre le réchauffement climatique et l’accueil de la biodiversité indispensable pour la pollinisation, la vie des auxiliaires des cultures, la régulation des populations de prédateurs, la conservation de la diversité génétique (p. 43). Les surfaces de forêts ne doivent pas diminuer, le retournement des prairies, des parcours, doit être stoppé. Augmenter la matière organique des sols devient une priorité en adoptant de nouveaux modes de culture.

Or le constat est accablant, notamment : on s’achemine vers la sixième érosion planétaire de la biodiversité (p 47) ; la qualité des terres agricoles se dégrade ; l’imperméabilisation, l’extension urbaine dévorent les surfaces agricoles. Pour Robert Levesque, l’Europe ne peut pas continuer à imperméabiliser ses sols et en même temps demander au Brésil de l’approvisionner pour ses élevages et ses véhicules (agrocarburants) et d’arrêter le déboisement de la forêt amazonienne (p 57).

L’offre alimentaire, facteur limitant d’une Humanité durable

Avec la révolution verte, la production mondiale a presque triplé entre 1961 et 2007, les surfaces augmentant d’un tiers et les rendements étant multiplié par 2,3. Or, cet accroissement s’est fait sur la base de ressources non renouvelables (azote, phosphates, eau fossile.). Et l’offre alimentaire va être de plus en plus soumise à l’évolution du climat. L’une des conséquences les plus graves du dérèglement climatique sera la baisse des rendements agricoles et la rupture des équilibres alimentaires. Il ne s’agit alors pas de s’adapter au dérèglement climatique, mais de l’arrêter et d’agir en conséquence (p 67). Il faut explorer les voies d’une production alimentaire durable, telles que l’agroécologie, l’agriculture biologique.

Changer de paradigme : l’écosphère Bien Commun de l’humanité

Pour sortir de l’impasse dans laquelle l’humanité s’est engouffrée, un nouveau paradigme s’impose qui comprend, entre autres valeurs (p. 105) : la conscience d’appartenance à l’humanité ; la bienveillance ; le respect de la biosphère ; la frugalité heureuse ; l’égalité ; le partage ; la solidarité ; l’assurance ; la connaissance ; la vérité ; la coopération ; l’émulation ; le consensus ; la démocratie ; la paix ; la conviction que le but est dans la voie.

Une vraie révolution est à construire. Le changement de paradigme ne peut être imposé et il ne peut s’envisager qu’après sensibilisation, informations, formations, échanges, discussions, réflexions, expérimentations, mises en pratique.

Robert Levesque reprend ensuite l’analyse de Paul Samuelson où les biens sont classés selon les principes d’exclusion et de rivalité (p 114). L’écosphère y apparaît alors comme le Commun de l’humanité. Nous bénéficions des fonctions que l’écosphère procure avec l’air (respiration), l’eau (hydratation), la nourriture (alimentation), le sol (support de vie). Ce sont des fonctions vitales. Par principe, toute personne humaine a droit d’accéder au bénéfice de ces fonctions. Leur accès ne supporte aucune exclusion des membres de l’Humanité. Personne ne peut revendiquer le bénéfice exclusif d’éléments de l’écosphère, comme les matières premières ou les gènes. L’accès au bénéfice des fonctions procurées par l’écosphère relève de la mise en œuvre de valeurs d’égalité, de partage et de solidarité, valeurs inscrites dans la déclaration des droits de l’Homme (p. 114).

Si l’écosphère ne peut être « exclusive », elle est en revanche « rivale ». L’écosphère, en tant que système complexe, est un tout qui ne peut être morcelé. Ainsi, l’épuisement des matières premières, souligné par les travaux réactualisés du Club de Rome, démontre que l’Humanité d’aujourd’hui est en rivalité avec les générations futures (p. 115).

Exclure l’écosphère du monde de la financiarisation

L’écosphère, non exclusive et rivale relève ainsi du domaine des Communs. « A partir du moment où nous décidons qu’aucun membre de l’humanité ne peut être exclu de l’accès aux fonctions de l’écosphère, nous décidons de facto qu’elle n’est pas à vendre, qu’elle ne peut être mise sur le marché. Elle n’est la propriété de qui que ce soit » (p. 116). Il faut clairement exclure l’écosphère du monde de la financiarisation. Et c’est le modèle de développement des pays « développés » qui est mis en cause, car à l’origine de la crise environnementale globale et aigüe que nous connaissons et qui entraine l’ensemble de la planète dans l’impasse écologique (p. 118). Le marché n’est pas l’outil de régulation et de répartition optimale des ressources en vue d’une meilleure efficience pour la collectivité. Robert Levesque renvoie aux travaux d’Elinor Ostrom pour la gestion durable des ressources communes (p. 121).

La gestion de l’écosphère

« Eviter la tragédie du Commun n’est du ressort que de l’Humanité » (p. 123). Il s’agit de mettre en place une gestion écologique des territoires en établissant « un système imbriqué de structures interactives qui rentrent en synergie entre les échelles locales, nationales, régionales et l’échelle mondiale ». Ainsi «la cohérence et la synergie ont à s’établir sur la base de modalités de gestion territoriale, allant de la parcelle à la planète entière, où les gestionnaires concernés, c’est-à-dire tout un chacun, seraient impliqués dans l’élaboration, la mise en œuvre, le suivi, la surveillance, la résolution des conflits et l’actualisation des modalités de gestion dans un dialogue ancré sur le territoire et entretenu avec les structures locales, nationales, régionales et planétaires en respectant le principe de subsidiarité. Complexe certes, mais indispensable. » (p. 125).

Robert Levesque n’est toutefois pas naïf quant à la faisabilité de cette gestion : « L’extrême difficulté est d’établir un système imbriqué de structures interactives qui rentrent en synergie entre les échelles locales, nationales, régionales et l’échelle mondiale, pour que l’humanité puisse globalement se réconcilier avec son écosystème, sa planète Terre. »

Une Agence mondiale de l’Ecosphère fondée sur une Charte de l’Humanité

En complément des structures interactives évoquées précédemment, Robert Levesque propose, à l’échelle mondiale, la création d’une agence de l’écosphère fondée sur une charte de l’humanité.

« L’agence mondiale de l’écosphère devra avoir autorité sur les autres instances mondiales. Elle veillera à la cohérence des diverses politiques impulsées au niveau planétaire, entre les politiques de lutte contre le réchauffement climatique et l’érosion de la biodiversité, de l’énergie, des transports et des politiques alimentaires, sanitaires. L’OMC proposera et mettra en œuvre des politiques qui ne seront plus sous la coupe des multinationales, mais bien sous l’autorité de l’Agence Mondiale de l’écosphère. » (p.126).

Alors que la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 est une référence indispensable pour nous rappeler nos valeurs communes, pour Robert Levesque elle traduit une vision de l’Humanité détachée du reste de l’écosphère. Reste alors à écrire un nouveau texte fondateur, la Charte de l’Humanité. Cette charte doit reprendre la déclaration universelle des droits de l’homme et elle doit reconnaître à tout être humain le droit d’accéder aux fonctions vitales de notre « Commun » l’Ecosphère. A cet égard « elle doit affirmer que :

  • l’Ecosphère est le « Commun » de l’Humanité,

  • les fonctions de l’écosphère terrestre, et ses différents éléments (matières premières, climat, sols, biodiversité…), constituent des Communs ou des Publics 1; ils ne peuvent être l’objet de l’appropriation de quiconque,

  • l’Humanité vise à instaurer et maintenir un monde durable, viable pour elle-même,

  • la confiance, la coopération, l’émulation sont les valeurs sur lesquelles se fondent nos relations,

  • toute personne a droit d’accéder équitablement aux fonctions vitales de l’écosphère,

  • toute personne, en sa qualité de membre de l’Humanité, a à participer à l’instauration d’un monde durable,

  • toute personne tend, pendant la transition écologique, à ne pas utiliser l’écosphère au détriment de ses congénères et des générations futures,

  • l’éducation vise à la prise de conscience de nos liens intrinsèques avec notre écosphère, à sa connaissance et à son respect.»

Et parmi les priorités figurent :

  • lutter contre le réchauffement climatique en réduisant les inégalités ;

  • engager la transition démographique ;

  • mettre en œuvre la transition alimentaire vers un équilibre alimentaire mondial durable qui suppose le recyclage de la matière organique avec les éléments minéraux indispensables à la croissance des végétaux.

« Les règles de la gestion des Communs sont à élaborer dans une imbrication cohérente de la parcelle à la planète. Immense tâche, passionnante pour tous. » (p.153).

2 – Quelques commentaires

Tout l’intérêt de ce livre est de fournir une vision tout à fait nouvelle et prospective du monde dans lequel nous souhaiterions vivre. Il s’agit à la fois :

  • d’une analyse qui rompt avec les schémas traditionnels du progrès dans la continuité des modèles de développement en cours,

  • et d’un appel à se rassembler et se mobiliser pour effectuer un changement civilisationnel radical.

Le progrès, tel qu’il est appréhendé aujourd’hui, repose sur un capitalisme mondialisé qui a pris racine dans le processus d’industrialisation au XIX° siècle. La croissance en est son fondement, dont une des mesures est le PIB (le produit intérieur brut). Et l’on se fixe des objectifs tels que par exemple une croissance de 3%.

Robert Levesque se situe résolument dans un autre paradigme. Toute sa démarche vise à faire prendre conscience que les rapports sociaux de production, dans leurs formes actuelles, doivent être non pas régulés, encadrés, révisés, mais bel et bien abolis.

L’offre alimentaire apparaît comme étant le facteur limitant d’une Humanité durable. Quelle agriculture pourra nourrir une population mondiale sur le long terme (p. 71) ? Cette idée est sous-jacente dans tout le reste du livre : la démographie doit être compatible avec les ressources alimentaires générées par un système de production alimentaire durable (pp.98 - 102). Il écrit (p. 115) : « La production alimentaire mondiale renouvelable est limitée. De ce fait, en cas de surpopulation, au regard de l’accès à la nourriture, les membres de l’Humanité sont également en situation de rivalité les uns par rapport aux autres ».

C’est alors un appel à amorcer une transition démographique sur tous les territoires (p. 148). Cette transition à venir concerne essentiellement certains pays d’Afrique, notamment l’Afrique subsaharienne dont la plupart des pays sont loin d’avoir achevé leur transition démographique. De 831 millions de personnes en 2010, la population de la région devrait passer à 2,1 milliards en 2050 et à 3,8 milliards à la fin du siècle 2.

Alors, oui : rassemblons-nous pour protéger note planète commune et définir ensemble les moyens pour y parvenir ! Tout reste à construire, mais voilà un « chemin passionnant sur lequel chacun de nous est convié ».

1 Pour biens communs et biens publics selon la classification des biens et services en fonction des principes d’exclusion et de rivalité.

2 Selon John May, chercheur invité au sein du Population Reference Bureau Washington DC, faisant référence aux projections de la population mondiale réalisées par le Division de la population des Nations Unies. ideas4development.org/accelerer-transition-demographique-afrique-subsaharienne/