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Fonds documentaire dynamique sur la
gouvernance des ressources naturelles de la planète

La terre nourricière, si elle venait à nous manquer ? Halte au pillage des biens communs

Un libre de Robert Levesque sur le lien entre les usages de la terre et le réchauffement climatique. Aux éditions L’Harmattan, 2011.

Rédigé par : AGTER

Date de rédaction : mars 2012

Type de document : Présentation d’un livre / note de lecture

Documents sources

Robert Levesque. La terre nourricière, si elle venait à nous manquer ? Ed. L’Harmattan, 2011.

Robert Levesque est ingénieur agronome. Il travaille pour la Fédération Nationale des SAFER. Il est également membre d’AGTER. La préface de l’ouvrage est signée par Hubert Cochet, Président d’AGTER.

La terre nourricière, si elle venait à nous manquer est un ouvrage important, qui traite de questions beaucoup trop peu développées jusqu’ici, et qu’il est pourtant extrêmement urgent de traiter avant qu’il ne soit trop tard.

Le sous titre, Halte au pillage des biens communs, laisse entrevoir l’angle avec lequel Robert Levesque a choisi de traiter le sujet. Il nous offre à la fois le regard d’un scientifique, avec un examen lucide et très bien documenté des questions agronomiques, et il est en même temps capable de souligner toute l’absurdité des règles et des pratiques d’exploitation des ressources naturelles qui dominent le monde d’aujourd’hui.

Hubert Cochet souligne dans la préface que ce « … livre résonne comme un cri d’alarme …». «Il n’est désormais plus possible d’envisager l’avenir de l’humanité comme un chemin unilatéral vers le «développement», la «croissance», - à laquelle toutes les énergies humaines seraient consacrées - étant supposée conduire à une satisfaction toujours plus grande et toujours plus élargie des besoins »

«Sans verser pour autant dans un malthusianisme pourtant revigoré aujourd’hui par la prise de conscience du caractère fini des ressources de notre Terre, Robert Levesque propose plutôt de renouveler notre rapport à la nature et d’asseoir cette renaissance sur un ensemble de politiques foncières pensées à l’échelle mondiale et visant à réguler l’utilisation du sol dans le sens de l’intérêt général et partagé de l’humanité. Il écarte, non sans raison, les tentatives de marchandisation de la nature qui, au nom d’une «valorisation» de cette dernière et pour en promouvoir le meilleur usage possible, affectent un prix, mesuré en unités monétaires, à la nature. Parce qu’un tel calcul financier implique nécessairement de se soumettre à la tyrannie de l’actualisation, il conduit de facto à sacrifier le long terme au court terme, alors même que les services multiples apportés par la «terre nourricière» dans le futur n’ont pas moins de valeur que ceux qu’elle est en mesure d’apporter aujourd’hui. »

Hubert Cochet termine la préface en ces termes :

Le chemin d’un développement plus conforme à l’intérêt général «passe par une meilleure répartition de la terre entre tous les humains, entre les agriculteurs d’une part - et ceci pose en termes renouvelés la question de la réforme agraire -, entre les consommateurs d’autre part, afin que chacun ait une empreinte comparable sur la planète, la plus raisonnable possible. Tel est le formidable défi posé par ce livre, balisant le chemin à parcourir pour changer notre rapport à la nature et passer ainsi de l’Anthropocène à l’Ecolocène. »

AGTER a organisé fin 2011 une réunion thématique avec Robert Levesque pour écouter ses conclusions et en débattre avec lui. (voir www.agter.asso.fr/article747_fr.html)

Vous trouverez ci-dessous le commentaire et le résumé publiés par la maison d’édition L’Harmattan dans le comité de presse relatif à la parution de l’ouvrage.

Ce livre fait le point sur les contraintes auxquelles la production alimentaire mondiale se trouvera confrontée : le réchauffement climatique, le manque de terre « nourricière », la pénurie d’éléments fertilisants, l’érosion de la biodiversité. Mais il est avant tout une invitation à la vie, contre « l’utopie du toujours plus », contre le suicide collectif de l’humanité. Il se veut positif, et indique des voies pour sortir de l’impasse socio-écologique dans laquelle l’humanité s’est engouffrée.

Le constat est sans appel : nous vivons au-dessus des moyens que la nature met à notre disposition, et aux dépens des générations futures. Le « toujours plus » en matière de consommation d’énergie fossile, de terres bétonnées et bitumées, de biens matériels utilisant des ressources naturelles non renouvelables est impossible durablement pour l’humanité. L’homme s’est mis en tête de dominer la nature, de la mettre à son service. Ce faisant, non seulement il se comporte comme une espèce invasive qui épuise les ressources naturelles dont il a besoin pour vivre, mais il modifie également les caractéristiques de la biosphère à tel point qu’il est susceptible de rendre invivable la planète pour son espèce. Ce « toujours plus » ne peut que conduire à de graves conflits sociaux, des guerres que personne ne pourra gagner.

Avant tout, pour sortir de l’impasse écologique dans laquelle l’humanité s’est engouffrée et donc pour le bien-être de chacun, il faut changer de paradigme. L’homme doit abandonner l’idée de dominer le reste de la nature. De la domination de la nature, de la destruction de la biosphère, nous devons passer à une symbiose entre l’homme et le reste de la nature. De la compétition, de l’individualisme, nous devons aller à la coopération, à la solidarité, au partage y compris avec les générations futures.

La nature ne négocie pas. Aux hommes de négocier entre eux l’accès aux ressources naturelles, notamment à la terre nourricière. Pour nourrir l’humanité, une gouvernance démocratique mondiale des biens communs de l’humanité, notamment des ressources naturelles (la biodiversité, les espaces naturels, le climat, les réserves minières) doit se mettre en place en lien avec les politiques locales. La propriété de ces biens doit être encadrée sur la base de la déclaration des droits de l’homme qui prévoit des limites à la propriété dans l’intérêt général. Au lieu de laisser faire la course mondiale aux hectares naturels, des réformes agraires doivent être engagées pour permettre aux affamés de se nourrir.

Ce livre propose des pistes de solutions, une voie pour atteindre l’Ecolocène, l’ère de la symbiose entre l’homme et le reste de la nature. Le temps est compté. C’est sans doute la première fois que l’humanité dans son ensemble est susceptible de se détruire. L’état d’urgence socio-écologique doit être décrété. Un futur apaisé doit nous faire rêver et nous motiver à le construire.

RÉSUMÉ

Le dérèglement climatique auquel nous assistons et participons se traduit par une augmentation des tempêtes, des inondations, des sécheresses et des canicules. Il fait baisser les rendements agricoles alors que la concurrence entre les productions de biomasse alimentaire, énergétique et de biomatériaux commence à faire rage et pèse sur l’équilibre alimentaire mondial. Pour satisfaire les besoins alimentaires futurs de l’humanité, il faut équilibrer au plus vite émissions et capture des gaz à effet de serre. Il y a urgence. La crise énergétique n’est pas celle du manque d’énergie fossile, mais bien celle de l’excèdent de la demande par rapport à l’offre en énergies renouvelables. Les économies d’énergie, premier gisement à exploiter, et la progression des énergies renouvelables doivent mobiliser tous les investissements en matière énergétique.

Autre aspect trop souvent délaissé, les rendements agricoles ont augmenté avec l’utilisation d’engrais azotés de synthèse, fabriqués à partir de gaz naturel, et de ressources minières, ressources naturelles non renouvelables et non substituables entre elles. Il faut donc inventer, en quelques décennies, une agriculture durable, en recyclant les éléments comme les phosphates et la potasse.

Compte tenu de la lutte à livrer contre le réchauffement climatique, nous devons nous contenter des surfaces arables actuelles. Nous pouvons envisager de développer des systèmes agro-forestiers mais aussi de diminuer, dans les pays riches, notre consommation de viande et de calories. Par contre, mettre en culture de nouvelles surfaces en libérant du carbone supplémentaire dans l’atmosphère ne pourrait nous conduire qu’à une victoire à la Pyrrhus !

A ces contraintes s’ajoutent l’extension urbaine et la multiplication des infrastructures qui grignotent, jour après jour, les espaces naturels (agricoles et forestiers). Si elles continuaient au rythme actuel en France, en Europe et à travers le monde, elles amputeraient de manière significative le potentiel agronomique de la planète. Les européens, qui, en bilan net, importent l’équivalent de la production végétale de 35 millions d’hectares, ne peuvent continuer de bitumer leurs sols fertiles en demandant au Brésil de ne plus déboiser ! Nous devons nous engager résolument vers l’occupation optimale des bâtiments existants, la rénovation urbaine et le recyclage des sols imperméabilisés avant toute extension urbaine, et ce d’autant plus que la qualité des sols agricoles se dégrade sous l’effet de l’érosion, de la salinisation, du tassement et de pollutions chimiques. La créativité est appelée à s’exprimer dans la ville pour nous surprendre agréablement.

La production alimentaire mondiale dépend non seulement des paysans mais aussi de l’ensemble de la collectivité. A ce titre, nous sommes tous des paysans !

Le lien entre marginal et global est mis en avant. Le bétonnage ou le bitumage d’une parcelle de terre semble négligeable, mais leur multiplication conduit globalement à une destruction significative des potentiels agronomiques. Il en est de même en matière d’émissions de gaz à effet de serre. Chacun des acteurs en émet de faibles quantités mais globalement les émissions dépassent largement ce que la nature peut absorber. A l’inverse, cela signifie que les petites économies peuvent se traduire globalement par des chiffres significatifs. De ce fait, toute action locale a une portée mondiale. Multiplions les actions locales, individuelles et collectives, pour un effet positif global !