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Fonds documentaire dynamique sur la
gouvernance des ressources naturelles de la planète

Les voyages d’études d’AGTER. Définition, objectifs et méthode

1- Qu’est-ce qu’un voyage d’études?

Un voyage d’études, ou atelier itinérant, consiste en une série de visites de terrain reliées à une thématique globale bien précise (par exemple: les politiques foncières, les différents modes de régulation locale des ressources naturelles, etc…).

Il s’agit de réunir un groupe de personnes plus ou moins grand, encadré par des « animateurs » qui organisent et guident les visites de terrain. Chaque visite est également animée par au moins une « personne ressources », généralement un agent local qui occupe une fonction décisive dans la structure visitée (par exemple: un exploitant agricole si la visite s’effectue sur son exploitation, un leader syndicaliste, le directeur d’une usine, etc…).

C’est l’ensemble des visites, qui, au final, doit faire sens par rapport à la thématique du voyage d’études.

Les visites peuvent aussi être complétées par des présentations plus théoriques, qui visent à replacer les visites dans leur contexte historique, politique, économique, social ou culturel. Ces présentations sont généralement effectuées par des spécialistes locaux.

2- A quoi sert un voyage d’études?

A- Réfléchir sur sa propre réalité, en étant confronté à un univers différent

L’objectif principal d’un voyage d’études est de faire réfléchir les participants à la thématique définie en amont. La réflexion se fait au sein du groupe, au fur et à mesure des visites et des présentations. Elle est encadrée par les animateurs, qui doivent orienter la réflexion sans jamais tirer de conclusions à la place des participants ou brusquer le processus d’assimilation des connaissances.

Les participants sont originaires d’une autre partie du monde que celle visitée. Les visites doivent aussi, au final, les faire réfléchir sur leur propre réalité. Il est en effet très difficile d’avoir un regard critique sur son propre quotidien, sa propre société, son propre mode de fonctionnement. C’est donc en faisant sortir les participants de leur réalité locale, et en les confrontant à une réalité dans laquelle ils n’ont plus les mêmes repères, les mêmes références, que l’on doit parvenir à les faire voir leur système de fonctionnement d’un oeil nouveau.

Le voyage d’étude auquel Michel Merlet et Clara Jamart ont participé en tant qu’animateurs dans le cadre du Programme Interassociatif Cuba (PIA), co-géré par le CCFD, le GRET, l’IRAM et le CERAI. Un groupe d’une dizaine de cubains (paysans, éleveurs, universitaires, syndicalistes…) a passé trois semaines en Europe (France et Espagne) en Octobre 2005.

La thématique du voyage d’études était très large, et comprenait à la fois une réflexion sur la politique des structures en Europe, une présentation des différentes formes et des différents modes d’exploitation agricole, une réflexion sur la formation des agriculteurs, etc… Il s’agissait donc de présenter une ébauche du monde rural français et espagnol et de leur organisation.

Le groupe a visité différents types d’exploitations agricoles, des chambres d’agricultures, des SAFER, des lycées agricoles, une industrie agro-alimentaire… Il a également rencontré des syndicalistes paysans, des producteurs, des distributeurs, etc…

Le but de ce voyage était bien sûr de présenter aux cubains une réalité qu’ils ignoraient jusqu’alors, mais aussi de les faire réfléchir sur l’organisation du monde rural et agricole dans leur propre pays. Au final, nous avons pu observer que sans qu’ils soient explicitement orientés dans leur réflexion, les participants ont été en mesure de penser des concepts aussi polémiques à Cuba que le concept de propriété privée par exemple. Cet exemple est particulièrement intéressant car il est révélateur de l’intérêt d’organiser des voyages d’études. C’est la confrontation avec l’inconnu qui a permis aux cubains de réfléchir à l’idée même de propriété privée, et d’analyser avec du recul la position de leur propre pays par rapport à cette idée qui était, pour eux, très subversive. Si le voyage d’études avait été remplacé par un séminaire formel, ou une série de visites à Cuba même, le débat sur la propriété privée n’aurait sans aucun doute jamais eu lieu.

Encadré: Un exemple de voyage d’étude

B- Transmettre ses connaissances et entretenir la réflexion après le voyage

Au final, les participants au voyage d’études repartent avec une série de documents (sous forme de textes, de films vidéo, de photos, etc…) grâce auxquels ils sont supposés transmettre, de retour chez eux, les connaissances et les réflexions accumulés. L’idée est que l’apprentissage ne s’achève pas avec la fin du voyage: les participants le transmettent aux membres de leurs organisations, à leurs collègues, à leurs étudiants, à leurs employés, aux membres de leur syndicat, etc, et l’enrichissent dans la discussion et l’échange avec eux.

C- Participer à l’enrichissement des chantiers de réflexion

Dans le cas d’AGTER, les voyages d’études seront souvent liés à la thématique d’un chantier de réflexion. Les chantiers de réflexion doivent en effet permettre, entre autres, de produire du contenu pour le site de ressources documentaires. En d’autres termes, la réflexion menée au cours des chantiers permettra la production de fiches de synthèse d’expérience, de fiches d’analyse conceptuelle, ou de fiches comparatives qui alimenteront la base de données du site d’AGTER.

Deux méthodes sont envisagées pour produire des fiches au sein de chaque chantier: la méthode de synthèse bibliographique et la méthode d’approfondissement de la réflexion collective et collaborative. Les voyages d’études constituent des situations particulièrement intéressantes et stimulantes pour appliquer cette deuxième méthode. Les voyages d’études font donc partie intégrante du travail des chantiers de réflexion, et permettent à terme d’alimenter la base de ressources documentaires du site d’AGTER.

3- Comment organiser un voyage d’études?

A- Le choix des participants

Les participants peuvent venir du même pays, comme dans le cas du voyage d’études du PIA Cuba, ou de pays différents, comme dans le cas du voyage organisé au Brésil (Rio Grande Do Sul) par la FPH en 2005 sur l’agriculture paysanne et la préparation du forum Social Mondial.

La dynamique de groupe est plus facile à établir lorsque tous les participants viennent du même pays ou, pour le moins, parlent la même langue. Mais lorsque les participants viennent de différentes régions du monde, l’échange, même s’il est moins aisé, peut être beaucoup plus enrichissant. C’est la confrontation des points de vue, des références et des expériences vécues qui permet aussi d’animer le débat et de faire avancer la réflexion.

Quoi qu’il en soit, les participants doivent manifester un intérêt majeur pour la problématique du voyage d’études, car c’est leur volonté d’investissement et leur énergie qui feront avancer la réflexion. Ils doivent également s’engager à diffuser les informations et les connaissances acquises au cours du voyage une fois rentrés chez eux.

B- La préparation logistique et théorique en amont

Il semble évident que pour qu’un voyage d’études se déroule dans les conditions optimales, l’organisation logistique doit être parfaitement préparée. Les réservations (avions, trains, hôtels, restaurants, etc…) doivent être faites à l’avance, et il est conseillé qu’une seule personne référente se charge de l’ensemble de l’organisation logistique et accompagne le groupe durant toute la durée du voyage.

Les visites seront organisées, autant que faire se peut, de façon à créer une unité logique au voyage. Elles doivent obligatoirement avoir un lien (même si ce lien n’est pas directement explicite pour les participants) avec la problématique du voyage d’études. Les animateurs, eux, doivent définir au préalable les enjeux de chaque visite: pourquoi visite-on telle ou telle structure? Qu’est-ce que cette visite va apporter à la réflexion du groupe? Que veut-on montrer en choisissant tel ou tel intervenant? Comment telle ou telle visite va-elle orienter le réflexion? Autant de questions que les organisateurs doivent absolument se poser en amont pour préparer le voyage d’études.

Les différentes personnes que le groupe rencontrera sur place doivent être mises au courant de l’objectif du voyage et de la nature de la présentation qu’elles s’enagent à faire. Si c’est possible, les animateurs et/ou le responsable logistique doivent faire une visite préalable des structures qui seront visitées par le groupe et rencontrer à l’avance les différentes personnes ressources qui interviendront au cours des visites.

Mais l’organisation logistique ne suffit pas. Il convient également de travailler en amont à la préparation théorique du voyage d’études. Les animateurs et les futurs participants doivent commencer à travailler ensemble à distance quelques semaines, voire quelques mois avant le début du voyage, surtout si les participants ne se connaissent pas entre eux. Il s’agit bien sûr de lancer la dynamique de groupe, mais aussi d’introduire auprès des participants la problématique du voyage d’études et d’inclure le voyage dans un projet commun plus large.

Si cette étape n’est pas respectée, le voyage d’études risque fort de se transformer en « visite touristique », car les participants se sentiront moins concernés, moins impliqués et moins responsabilisés. Ils doivent comprendre avant même la date de départ que la réflexion se construira avec eux, et grâce à eux. Le voyage n’est pas un but en soi, il y a un « avant » (la phase de préparation et d’échange théorique) et un « après » (la phase de transmission des connaissances et des réflexion du groupe).

Un document préparatoire peut toutefois être préparé par les animateurs avant le début du voyage, et être distribué aux participants à leur arrivée. Outre un planning détaillé des visites, ce document peut par exemple contenir une brève présentation historique, économique et socio-culturelle de la zone qui sera visitée. Il peut également présenter des points plus théoriques en lien avec la thématique du voyage. Ce document doit, bien sûr, être rédigé dans la langue maternelle de chaque participant.

C- L’articulation des visites et des réunions-bilan quotidiennes

Chaque jour, le groupe effectue une ou deux visites. Le but n’est pas de voir le plus de choses possible, mais bien de visiter des structures représentatives de la thématique abordée. Si les journées sont trop chargées, les visites risquent d’être contre-productives. Il ne faut jamais oublier qu’un voyage d’études est une expérience physiquement et psychologiquement éprouvante pour les participants qui sont coupés de leur univers quotidien et de leur référenciel habituel. Les phases de temps libre entre les visites (à l’heure des repas par exemple) sont donc essentielles: elles permettent aux participants d’assimiler les informations reçues lors des visites ou des présentations et d’échanger librement, de manière informelle, leurs impressions.

Parallèlement aux visites et aux présentations, il semble nécessaire d’organiser chaque jour une réunion-bilan, au cours de laquelle les participants commenceront par prendre la parole tour à tour pour donner leurs impressions du jour et expliquer ce qu’ils ont retenu des visites. C’est aussi le moment où ils auront l’occasion de poser leurs questions aux animateurs si certains points sont restés obscurs. Les animateurs, eux, sont en charge de réguler le débat et de fournir des pistes d’approfondissement à la reflexion.

Ces réunions-bilan fournissent le materiau nécessaire à la préparation du document final de synthèse. Il faut absolument garder une trace de ces échanges. Les réunions doivent donc être prises en notes, enregistrées ou filmées. Plus la fin du voyage approche, plus ces réunions peuvent être longues et riches.

D- La préparation du document final de synthèse

Le document final de synthèse est la trace que les participants rapporteront chez eux à l’issue du voyage d’études. Il doit faire état du contenu des visites et des présentations, de l’évolution de la réflexion des participants, et être le plus clair et le plus pédagogique possible. C’est en effet ce document qui permettra aux participants de transmettre les connaissances accumulées une fois rentrés chez eux. Même si l’objectif des différentes visites n’était pas forcément clair au départ pour les participants, il doit faire sens à la fin du voyage et lors de la préparation du document final.

Le document final de synthèse doit contenir une description précise du contenu des différentes visites et présentations. Il dit également faire état de l’évolution de la reflexion du groupe, en se basant sur le contenu des réunions-bilan quotidiennes. Enfin, il doit faire état des conclusions du groupe par rapport à la problématique initiale. Il est essentiel que ce soient les participants eux-mêmes qui préparent ce document final de synthèse, dans la mesure où il s’agit du document qui leur permettra de transmettre leurs connaissances nouvelles. Il est donc nécessaire de prévoir en fin de voyage une ou deux journées de bilan durant lesquelles les participants décideront de la structure et de la forme que devra prendre cette synthèse finale.

Même si ce n’est pas toujours possible (notamment pour des raisons budgétaires), il nous semble important de noter que la vidéo constitue un outil pédagogique particulièrement intéressant pour construire ce genre de documents de synthèse. D’abord parce qu’il permet de retranscrire avec beaucoup plus de facilité et de précision le contenu du voyage, et parce que le support vidéo s’avère être plus facilement exploitable lors de la phase de formation et de transmission des connaissances qui suit le voyage d’études.